AGENDA
le 29/03/17

Plantation d’une haie champêtre au bord de la Rose

le 22/03/17

Greffage de variétés de pommiers et poiriers locales à emporter à Poitiers

Tous les articles
RECHERCHE

17 Oct 16

Semipalatinsk, Kazakhstan : une terre marquée par les essais nucléaires

Photo, peuples et nature

Entretien avec Phil Moore, lauréat du Prix Photo 2016 de la Fondation Yves Rocher 

 

Comment as-tu connu le Prix Photo de la Fondation Yves Rocher – Visa pour l’Image et qu’est-ce qui t’a donné envie d’y postuler ?

 

J’avais déjà débuté depuis un petit moment mes recherches sur le sujet du Polygone au Kazakhstan, lorsque j’ai reçu un email d’appel à candidature du festival photojournalisme “Visa pour l’image”.
Les conditions de participation correspondaient parfaitement à mon projet.

 

FullSizeRender

Le photographe et gagnant du Prix 2016 Phil Moore en présence de Jacques Rocher, président d’honneur de la Fondation Yves Rocher – Institut de France

 

Qu’est-ce que ce Prix t’a apporté en tant que photographe ?

 

En tant que photographe, j’estime que le temps passé sur un reportage correspond à la qualité qu’on souhaite lui donner.

En effet, cela prend du temps pour trouver les angles de l’histoire, ou pour trouver les personnages qui vont figurer dans le reportage afin d’observer et photographier leur vie.

Le Prix Photo de la Fondation Yves Rocher me laisse le temps et la mobilité nécessaire pour m’aventurer dans des lieux insolites, et d’étudier un sujet pour l’exposer au monde. Sans être tourmenté par la question “Serais-je capable de ramener des images à forte valeur ajoutée ?”

En ce moment, mon travail est focalisé sur les sujets liés à l’environnement, et l’interaction entre l’homme et son milieu. Ce reportage est une rampe de lancement pour moi, qui m’amènera à étudier d’autres sujets de ce type je l’espère !

 

Tu as reçu le Prix Photo de la Fondation Yves Rocher pour effectuer un travail sur le Polygone, dans la steppe Kazakhe, afin d’étudier une région ayant subi près d’un quart des essais nucléaires réalisés dans le monde, depuis 1949. Pourquoi avoir choisi ce sujet ?

 

En lisant des archives, j’ai peu à peu compris que pendant la Guerre Froide l’Union Soviétique et les États-Unis s’arrachaient l’utilisation de cette zone pour expérimenter leurs armes nucléaires.

Plus je lisais ces informations, plus j’étais terrifié.

Archives photographiques d’explosions atomiques sur le site de Semipalatinsk, au Kazakhstan

 

Les êtres humains étaient utilisés comme des cobayes et 18 000km2 de la zone étaient exposés à des effets plus que néfastes.

Étant petit je pensais que cette période était définitivement terminée grâce aux traités de non-prolifération etc.

Mais là encore, ils restent des États qui cherchent à tester leurs armes nucléaires, il est alors nécessaire de comprendre le passé pour comprendre ce qu’il risque d’arriver dans le futur.

Le Kazakhstan a fait de gros efforts en renonçant aux armes héritées de l’URSS, malheureusement aujourd’hui encore beaucoup de personnes font face à des maladies liées aux essais menés les années précédentes.

Les Kazakhs sont en train de faire des recherches afin d’exploiter cette zone à nouveau, pour les mines, pour l’agriculture etc. C’est donc pour moi la période idéale pour approfondir le sujet.

 

Jardin expérimental à coté du lac atomique du site Semipalatinsk au Kazakhstan.

 

Tu es sur place en ce moment, quelles sont tes premières impressions ?

 

L’autre jour je me suis rendu à Semey, chez Berik et sa mère.

Berik a 38 ans ; lorsque sa mère était enceinte de lui, lors de son septième mois, elle a vu un grand éclat dans le ciel ; deux mois plus tard son fils Berik est né malvoyant et avec des déformations dues à la radiation à laquelle il a été exposé dans le ventre de sa mère.

 

Berik Syzdykov et sa mère dans la cuisine de leur appartement, qu’ils partagent à Semey. La mère de Berik dit se rappeler du grand flash apparu lors de son septième mois de grossesse.

 

Le lendemain, je me suis rendu dans la ville de Kurchatov, à 150 km de Semey ; quartier général du site de test de « Semipalatinsk », un endroit interdit d’accès par l’Union Soviétique il y a encore peu de temps ; ville détruite, immeubles vides et au bord de l’effondrement structurent le paysage.

 

A family passes derelict housing blocks in the town of Kurchatov, Kazakhstan. The population of the town has more than halved since the end of the nuclear tests.

Une famille dans la ville de Kurchatov, fortement détruite par les tests nucléaires.

 

 

Deux heures de conduite plus tard, au sud de la ville se trouve le “champs expérimental” ou le premier essai nucléaire soviétique a été réalisé. Autour il ne reste que les cratères, des anciennes masses de bétons, et des lacs radioactifs occupent même certains sites d’explosion.

 

 

Les équipes du Centre National Nucléaire près du lac atomique toujours radioactif depuis 1965.

 

 

Cela est plus que déconcertant, et rappelle la capacité de l’homme grandissante à détruire son milieu.

En visionnant des vidéos de tests des archives du Centre Nucléaire National, il est possible d’imaginer ce qui s’est passé sur ces mêmes terres où je marchais il y a quelques jours.

Cela est effrayant, notamment pour des personnes comme Berik, qui doivent maintenant vivre avec ces conséquences désastreuses.

 

Pour plus d’informations sur Phil Moore et son travail, cliquez ici.

Pour plus d’information sur le Prix Photo – Fondation Yves Rocher, c’est ici !

partager