18 Dec 17

[ Échange entre planteurs : France/Portugal ]

La Fondation

C’est avec enthousiasme et curiosité que Françoise Sire – planteuse et directrice de l’association Prom’Haies Poitou Charentes – a accompagné Sophie et Louise de la Fondation lors d’échange entre planteurs au Portugal à la découverte du programme “Futuro-100 000 arvores”. En effet, nous partageons la conviction que créer du lien entre les planteurs du monde entier, croiser leurs regards permet d’améliorer la dynamique de plantation et ainsi d’amplifier les multiples services rendus aux hommes par les arbres. Merci à Françoise pour ce compte-rendu éclairant.

Quelques mots sur l’association Prom’Haies en Nouvelle Aquitaine

Notre objectif : agir en faveur de la haie, de tous ces arbres qui ne sont pas dans la forêt et qui jalonnent nos paysages. Nous valorisons la haie pour tous ses rôles :

  • protection de l’eau et des sols,
  • support de biodiversité,
  • production de bois
  • stockage du carbone…

Nous accompagnons en Poitou-Charentes tous ceux qui veulent planter des haies, des vergers, des petits bosquets, de l’agroforesterie. C’est ainsi que, grâce à notre réseau national l’Afac-Agroforesteries, nous participons au programme Plantons Pour la Planète-France. Nous intervenons dans les écoles, en accompagnant près de 2 000 élèves chaque année dans la plantation d’arbres, nous organisons des chantiers de plantation et des animations sur la greffe des arbres fruitiers. L’inventaire des espèces fruitières oubliées de Poitou-Charentes est aussi un de nos projet-phare, il repose sur la passion de tous les propriétaires d’arbres fruitiers.

L’échange en lui-même

Voilà ! Nous atterrissons à Porto pour 3 jours. Marta nous a déjà transmis le planning des  rencontres et des visites…et il est très dense ! Les 25 000 arbres soutenus par la Fondation Yves Rocher – Institut de France et plantés entre novembre 2015 et avril 2017 s’inscrivent dans le programme ambitieux “Futuro-100 000 arvores” visant à planter 100.000 arbres sur le territoire métropolitain de Porto. Au-delà de cet objectif de plantation, Futuro sensibilise et informe les habitants sur la nécessité de planter des arbres.

“Des bénévoles se mobilisent sur les chantiers de plantation. Futuro souhaite aussi faciliter et soutenir les coopérations inter-communales.”

Pourquoi vouloir réintroduire de la “forêt locale” dans un territoire largement arboré par l’eucalyptus ?

Le relief de la métropole de Porto est très marqué et les sols essentiellement schisteux et granitiques. Une très large part du territoire est dédiée à la monoculture de l’eucalyptus, celui-ci est exploité pour la fabrication de pâte à papier. Hélas, nous avons traversé de nombreux endroits dévastés par le feu des incendies dont nous avons eus écho cette année. Ayant causé la mort de plusieurs dizaines de victimes, ils ont également ravagé des centaines d’hectares de boisement au Portugal.

C’est pourquoi Futuro souhaite réintroduire de la “forêt locale”, soit une forêt diversifiée composée des espèces poussant spontanément sur ce territoire (chênes, châtaigniers, noisetiers, aubépines, autres espèces plus typiques du climat méditerranéen comme le chêne portugais,  le chêne liège, l’arbousier, le myrte, le laurier du Portugal…), adaptée aux conditions de climat et de sol, permettant le maintien d’écosystèmes fonctionnels.

Voici déjà 2 principes que nous partageons : concevoir des projets de plantation “sur-mesure” et utiliser des espèces locales en mélange dans les plantations adaptées au climat et au sol.

Concernant les sites de plantation en Poitou-Charentes, nous installons des haies essentiellement sur des terres agricoles donc nous intervenons sur des terrains plats, facilement accessibles et pas enfrichés. De son côté, Futuro plante dans la montagne, sur des sites dégradés par la monoculture de l’eucalyptus ou par des incendies de forêt, ou encore colonisés par des plantes invasives.

Voilà une différence majeure entre nos pratiques : outre le fait que Prom’Haies plante de la haie, donc du boisement linéaire, Futuro plante beaucoup de forêt, donc du boisement en plein, leurs chantiers sont techniquement beaucoup plus compliqués à mettre en oeuvre et à entretenir que chez nous. Les plantations forestières sont réalisées à espacement définitif.

Cela m’amène à évoquer les deux attendus majeurs du programme“Futuro-100 000 arvores” , que nous n’invoquons pas en Poitou-Charentes et qui ont été une réelle découverte pour moi :

  • éviter les incendies de forêts : installer des plantations coupe-feu dans les boisements d’eucalyptus et remettre en état des terrasses entourant les villages. Celles-ci étaient occupées par des jardins, des cultures, des pâturages. Abandonnées, elles se sont enfrichées, permettant au feu de s’approcher des villages.
  • lutter contre les espèces invasives : les espèces suivantes ont été introduites comme plantes ornementales, où fortuitement au Portugal elles ont trouvés des conditions favorables et se propagent en colonisant les espaces délaissés : le mimosa à bois noir, le mimosa d’hiver, l’hakea – originaires d’Australie, et l’herbe de la Pampa, venue d’Amérique du Sud. Futuro lutte contre ces espèces invasives en défrichant des sites colonisés pour y replanter de la forêt locale. Ces chantiers sont très lourds en préparation, nous sommes face à des boisements denses. Après la coupe, il faut continuer à détruire les repousses.

À chaque visite de site, nous avons été chaleureusement accueillies par les responsables de la plantation. Nous avons pu constater la diversité des projets, des personnes et des acteurs engagés dans la démarche. Nous avons vu des plantations associant une école, comme Mata de senhora da Hora et Vila das aves. Outre la participation à la plantation, l’implication des écoles comporte différents niveaux : l’école peut adopter un site de plantation, mettre en place une pépinière. Un volet artistique peut être prévu : par exemple, les enfants écrivent un poème en musique avec un chanteur.

“Voici encore un point commun entre nous : l’éducation à l’environnement, avec des activités manuelles et artistiques valorisantes pour tous les élèves, faisant sortir les enfants de la classe pour découvrir leur environnement proche.”

Nous avons également visité des plantations conduites par les municipalités. Elles sont localisées dans des secteurs fortement urbanisés :

  • un parc périurbain pour la renaturation de sites dégradés par l’eucalyptus à Valongo,
  • dans un jardin public réhabilité à Santa Maria da Feira,
  • sur une friche urbaine où le mimosa à bois noir a été éliminé
  • des plantations réalisées à Oliveira de Azemeis

Nous avons aussi visité des plantations en zone forestière, et autour de Vale de Cambra, petit village dans la montagne, les terrasses sont remise en état autour du village. Pour replanter sur d’anciennes plantation d’eucalyptus, l’expérience a montré qu’il était intéressant de conserver des rejets adulte d’eucalyptus, les jeunes plantations se développaient mieux dans l’ombrage procuré. Cela implique que quelques années plus tard, il faut éliminer ces rejets en les débitant par le haut pour ne pas abîmer la plantation.

Enfin, nous avons rencontré les services routiers sur un “espace vert” de l’autoroute pour un programme associant le service d’entretien des dépendances vertes routières, un paysagiste et un chercheur qui étudie le captage des microparticules par les arbres.

Nous nous sommes découverts un autre point commun : le souci de l’origine des plants et leur traçabilité. Futuro assure la production de leurs plants avec des graines fournies par l’équivalent portugais de l’Office National des Forêt qui les récolte localement, et des graines sont également récoltées par les bénévoles.

La ville de Porto a mis à disposition une serre dans sa pépinière municipale, c’est là que bénévoles et élèves viennent semer les graines et repiquer les jeunes plantules. Les jeunes plants se développent sous l’oeil attentif d’Anna qui réalise aussi les animations avec les écoles.

En conclusion, ce que j’ai retenu :

  • le partage de valeurs communes, même si j’ai constaté que les raisons de planter des arbres sont multiples et qu’à notre longue liste, il faut rajouter la limitation des incendies de forêt et la lutte contre les plantes invasives.
  • L’investissement des animatrices
  • Les très bons résultats
  • La difficulté de mise en oeuvre des chantiers liée aux caractéristiques des sites de plantation
  • Le sérieux de la préparation des plantation ainsi que le suivi mis en place (semis des graines, élevage des plants, cartographie, comptage des plants, regarnis, rapports)
  • La diversité des partenariats
  • La mobilisation des habitants
  • L’important programme de communication

“l’arbre, c’est l’affaire de tous et nous portons la même responsabilité vis à vis des générations futures”

Nous avons abordé des sujets que nous devons approfondir :

  • La protection des plants et le paillage
  • Les plants d’origine locale, traçabilité et techniques de récolte et de production, ainsi que le stockage des graines d’une année sur l’autre et les vergers à graines
  • Le semis de graines

C’est pourquoi, Prom’Haies est prête à accueillir une délégation portugaise afin d’approfondir nos connaissances respectives et ainsi planter plus et de mieux en mieux à Porto et en Poitou-Charentes !

Muito obrigada Marta, Maria, Anna et todos os plantadores de arvores do Porto !

 

Retrouvez un autre échange de planteurs de la Fondation aux Pays-Bas


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