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Sébastien Gervaise, chargé d’études naturalistes à la LPO - © Marion Le Duin

Sébastien Gervaise, l’expert de la nature

Le 9 octobre 2021, l’Observatoire de la biodiversité a ouvert ses portes à La Gacilly. Nous avons rencontré Sébastien Gervaise, chargé d’études naturalistes à la LPO qui a apporté toute son expertise pour la création de ce lieu.

Qu'est-ce que la LPO ?

Sébastien : La LPO est née en Bretagne en 1912. Maintenant c’est une association nationale et même un peu au-delà. A la base LPO veut dire « Ligue pour la Protection des Oiseaux » mais depuis bien longtemps ce ne sont plus uniquement les oiseaux qui nous intéressent, c’est l’ensemble de la nature, donc on dit « LPO agir pour la biodiversité ».

Les principales actions ce sont :

  • La préservation des milieux naturels via, par exemple, la gestion de réserves naturelles.
  • La recherche et beaucoup de suivi, d’inventaire, d’observation de la faune, de l’évolution des milieux.
  • La sensibilisation : beaucoup d’animateurs interviennent à plein temps auprès des scolaires et du grand public pour sensibiliser à la préservation de la biodiversité, à la découverte de la biodiversité et de la nature de proximité.
  • La gestion des centres de soin : tous les oiseaux que l’on retrouve blessés, mazoutés vont dans les centres de soins pour être soignés puis relâchés.

Quel est votre rôle au sein de la LPO ?

S : Au départ je faisais de l’éduction à l’environnement : je faisais de l’animation dans les écoles, j’organisais des programmes d’animation pour le grand public. Peu à peu nous nous sommes mis à faire des suivis, des études et des inventaires naturalistes. Maintenant, je ne fais plus que ça, je suis chargé d’études naturaliste

50% des espèces des oiseaux ont disparu, quel est le constat en Bretagne ? A l’échelle de l’Observatoire, quel est l’impact ?

S : Les problématiques agricoles des dernières décennies ont eu un impact très négatif sur les habitats des oiseaux agricoles (bocages, prairies naturelles). L’intensification de l’agriculture, l’abandon de la politique de jachère obligatoire il y a plus de 10 ans, ont causé la disparition des zones de prairies naturelles, tout ça a un impact très négatif sur les habitats des oiseaux agricoles.

L’autre facteur important c’est la destruction des zones humides car au-delà d’être des habitats pour les oiseaux, elles sont aussi des lieux de passage en migration. Si on détruit une zone humide, un oiseau migrateur ne peut pas poursuivre son voyage, parce qu’il ne peut pas s’alimenter, ni se reposer.

On observe évidemment ça aussi en Bretagne qui est une région très agricole (70% de la surface Bretonne est dédiée à l’agriculture). C’est pour cela qu’on essaye de travailler de plus en plus avec des agriculteurs locaux : c’est ce levier qui nous permettra d’infléchir la tendance.

Au niveau de l’Observatoire de la biodiversité, c’est un peu différent. Nous avons proposé de transformer la peupleraie existante en zone humide car la biodiversité y est plus intéressante. L’objectif était de reconstituer une véritable zone humide. Les résultats sont déjà visibles puisque quelques espèces commencent déjà à revenir dont l’hottonie des marais. Les espèces d’insectes et d’oiseaux patrimoniaux (espèces adaptées aux zones humides et uniquement aux zones humides) reviennent aussi, en particulier le criquet ensanglanté et le conocéphale des roseaux qui sont des espèces déterminantes et patrimoniales.

Que pensez-vous de la disparition de la biodiversité ?

S : Ce qu’il faut changer dans l’esprit des gens c’est la représentation de la nature. Faire comprendre que la biodiversité est vraiment à notre porte et qu’on n’est pas forcément obligé de voyager à des centaines ou des milliers de kilomètres pour observer la nature.

Nous voulons pousser les gens à prendre l’habitude d’observer à nouveau et changer le regard que l’on peut avoir sur notre environnement proche en considérant qu’il est aussi très riche et qu’il abrite une biodiversité qui a tout à fait le droit d’exister et qui est tout aussi intéressante que celle qu’on peut trouver dans d’autres pays, dans d’autres contrées lointaines. Nous observons souvent dans le cadre de notre activité que les gens se mettent de plus en plus à observer des reptiles.

Comment, selon vous, sensibiliser le grand public à la préservation de la biodiversité ?

S  : Nous mettons en place des chantiers participatifs : au lieu de faire les aménagements nous-mêmes ou les faire faire par une entreprise, nous les réalisons avec les volontaires qui peuvent être des salariés ou des collaborateurs de l’entreprise. C’est ce que nous avons fait à l’Observatoire de la biodiversité : nous avons réalisé le temps d’une journée ou d’une demi-journée des aménagements concrets comme la spirale à insectes ou l’hibernaculum avec des salariés de la Marque Yves Rocher le mécène de la Fondation Yves Rocher.

Avez-vous noté une évolution de l’implication du grand public en général et de la jeunesse en particulier dans vos ateliers ?

S : Dans le cadre des ateliers grand public, de plus en plus de personnes sont intéressées par cette problématique. Au niveau des scolaires, c’est une de nos priorités : former les générations futures à l’observation, à la découverte et à la protection de la nature.

En Ile et Vilaine, nous avons deux animatrices qui travaillent dans les lycées dans le cadre d’un programme basé sur des projets de 3-4-5 séances dans lesquels les enfants sont de véritables acteurs de ces projets.

Avez-vous une anecdote de votre meilleure expérience de nature ?

S : Tous les deux ans nous organisons une sortie en nature qui s’appelle La nuit de la chouette, c’est une opération nationale pour faire découvrir les rapaces nocturnes au grand public.

En 2001, sur un site il faisait un très beau clair de lune, nous avons pu observer des rapaces nocturnes par groupe et puis j’ai remarqué la présence des planètes Saturne et Jupiter.

Finalement cette sortie qui était déjà vraiment super, s’est terminée en sortie découverte des astres. C’était un très beau souvenir. Ce que j’aime bien dans ce métier c’est aussi l’improvisation. Il faut faire avec ce que la nature nous offre et nous donne à voir, se laisser parfois surprendre. Avec une simple longue vue ornithologique on peut aussi bien voir les anneaux de Saturne ou les 4 satellites de Jupiter.

Pour en savoir plus sur nos actions à La Gacilly et sur les Zones Humides : découvrez notre Observatoire de la biodiversité.

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