Phil Hatcher-Moore, journaliste engagé pour la planète

Phil Hatcher-Moore

L’altruiste

La Fondation Yves Rocher a mandaté le photojournaliste britannique Phil Hatcher- Moore pour sillonner trois grandes régions de l’Hexagone : la Bretagne, les Pays de la Loire et l’Auvergne, à la rencontre du monde agricole.

Vous êtes un photographe britannique parfaitement francophone, et qui a vécu plusieurs années en France, mais vous n’aviez jamais réalisé une commande sur le sol français. Comment s’est passé cette première expérience  ?

J’ai commencé à m’intéresser à la photographie lorsque je vivais à Paris, mais ce n’est qu’après avoir quitté la France que ma carrière a réellement débuté – et la plupart de mes reportages m’ont immédiatement porté au-delà des frontières de l’Europe. Mais depuis que je me suis réinstallé en Grande-Bretagne, je suis heureux de pouvoir trouver des histoires à raconter sur mon pays, ou mon continent. Un endroit que je considère presque comme chez moi. Et à cet égard, pouvoir travailler en France m’a permis de faire ça : explorer les campagnes françaises, dont je ne connaissais rien ou pas grand-chose, tout en étant capable de communiquer et d’appréhender les gens que j’ai pu rencontrer grâce à mes quelques années passées sur l’Hexagone.

A travers les problématiques du monde agricole, nous pouvons réfléchir aux différents défis de notre société.

L’agriculture est un sujet beaucoup traité dans le photojournalisme, mais le monde des paysans français reste souvent absent des journaux nationaux et internationaux. Qu’avez-vous découvert sur ce milieu lors de votre travail ?

Je ne sais pas si c’est la même chose en France, mais en Grande Bretagne, notre vision du monde rurale et agricole est en grande partie conditionnée par des journalistes basés à Londres. En France, l’agriculture est un segment majeur de l’économie et les paysans constituent une partie importante et historique de la population. A l’heure où le monde découvre les limites des ressources naturelles de notre planète, où la production de nourriture va devenir un enjeu crucial en vue de l’augmentation de la population et où nous devons drastiquement réduire notre impact sur l’environnement, j’ai trouvé fascinant de rencontrer des hommes et des femmes qui ont choisi – parfois il y a déjà plusieurs dizaines d’années – des approches différentes. Une démarche qui replace le respect de la nature et le rapport à la terre nourricière au centre de l’agriculture. Il y a donc des solutions à nos problèmes : mais elles demandent de l’éducation et des réformes politiques. Beaucoup de paysans que j’ai rencontrés m’ont raconté que de telles pratiques pouvaient les priver de certaines subventions françaises et européennes…

L’une des principales actions de la Fondation Yves Rocher sur le sol français est d’aider à replanter les haies qui ont été arrachées au siècle dernier. Quel a été votre démarche photographique pour illustrer ce phénomène ?

Ce fut un réel défi pour moi. Là d’où je viens, dans le nord du Pays de Galles, nos haies sont très anciennes, hautes et épaisses. Alors quand j’ai su qu’en France, elles avaient été arrachées et que des agriculteurs voulaient les replanter, j’ai d’abord été surpris. Le plus grand défi résidait dans l’âge de ces nouvelles haies. Comme elles sont très jeunes, et très basses, elles ne ressemblent absolument pas à celle du Pays de Galles. Ensuite, beaucoup d’agriculteurs que j’ai pu rencontrer me parlaient du désir qu’ils avaient de replanter ce que leurs grand-parents avaient arrachés lors des remembrements du XXe siècle. Et c’est assez compliqué de photographier l’absence de quelque chose… J’ai donc décidé de me concentrer sur l’énergie qui les animait, sur leur quotidien et le mode de vie qu’ils avaient choisi. Nous vivons dans une époque où nous sommes obsédés par ce que nous pouvons produire rapidement ; nous pensons à court terme et souhaitons des résultats visibles instantanément. Alors que les arbres et les haies sont des organismes qui survivront à plusieurs générations d’êtres humains. Il faut une réelle abnégation pour consacrer autant à quelque chose qui ne servira que les générations à venir.

Vous avez dû rencontrer beaucoup de paysans français afin de réaliser leurs portraits : quelles ont été les rencontres qui vous ont le plus marqué, et pourquoi ?

Au départ, ce qui m’a le plus frappé, c’est la diversité des gens que j’ai pu rencontrer. Comme Joseph, 69 ans, qui a été fermier toute sa vie après avoir quitté l’école à 14 ans. C’est quelqu’un qui a connu les champs travaillés avec l’aide d’un cheval et qui voit désormais à leur place des tracteurs contrôlés par satellite. Il y a quelques années, il a acheté un hectare de terre dont personne ne voulait : et il a décidé d’y planter des arbres. Puis j’ai rencontré Gaël qui, lui, avait une approche beaucoup plus rationnelle. De par son savoir en agroforesterie, il connaissait exactement les bienfaits des haies pour ses champs et ses vaches ; de la même manière qu’un agriculteur traditionnel calcule le rendement d’un apport de nitrate. J’ai rencontré des personnes qui communiquaient avec des arbres et d’autres qui parlaient à leurs bétails. Certains plantaient des haies, juste parce qu’ils avaient compris que c’était un moyen de lutter contre l’érosion des sols. Mais au cours de mon séjour, ce sont les défis et les obstacles que tous ces agriculteurs rencontrent qui m’ont choqué. De la part des institutions, bien sûr, mais aussi de leurs confrères et de leurs voisins, qui voient en eux des marginaux et qui ne comprennent pas leur démarche.

Si, en voyant vos images, une personne ne devait retenir qu’une seule chose : qu’est-ce que ce serait ?

J’ai passé deux semaines à sillonner les campagnes françaises et nous avons parcouru 4000 kilomètres au total. J’ai vu mes idées reçues confrontées à la réalité du terrain. J’ai compris que ce n’était pas nécessairement des nouvelles technologies agricoles intensives qui allaient nous permettre d’augmenter la productivité de nos sols. Celles et ceux que j’ai rencontré m’ont appris que diversifier les récoltes favorisait la production d’une nourriture plus saine et plus en harmonie avec la nature. Dans une époque où la monoculture semble être la norme, cette approche holistique m’a semblé plus en phase avec l’environnement. Je pense qu’à travers ces réflexions sur le monde agricole, nous pouvons réfléchir à d’autres défis dans d’autres domaines auxquels nos sociétés sont actuellement confrontées. »

 
 
 

Les gardiens du territoire

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Phil Hatcher-Moore en France

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