Sur les collines du Tigré, en Éthiopie, on a longtemps vu la pluie emporter la terre plutôt que la nourrir. Cinquante ans de déboisement avaient laissé des sols nus, incapables de retenir l’eau. C’est là qu’on mesure la différence entre planter un arbre et reconstruire une forêt : le premier geste prend une matinée, le second prend une génération. Avec notre partenaire Green Ethiopia, engagé sur place depuis 2009, ce sont des collines entières qui retrouvent aujourd’hui une couverture végétale, arbre après arbre, saison après saison.
Une rangée de jeunes plants peut donner l’illusion qu’une forêt renaît en quelques mois. La réalité prend plus de temps, le temps qu’un sol vivant, des espèces variées, des champignons et des insectes se réinstallent et retrouvent un équilibre entre eux.
Une plantation d’arbres est un point de départ, pas un aboutissement
Mettre des plants en terre relance une dynamique là où la forêt ne peut plus se régénérer d’elle-même, après un incendie, une coupe rase, ou simplement des décennies de surpâturage comme dans les hautes terres éthiopiennes. Reste à choisir les bonnes essences, éviter l’uniformité, et penser aux décennies à venir : les arbres plantés aujourd’hui devront encaisser des sécheresses qu’on ne sait pas encore précisément anticiper.
Sous la terre, une forêt qui se reconstruit lentement
On regarde les troncs et les feuillages. La moitié du travail se joue pourtant sous la surface : les racines échangent avec les champignons, les feuilles mortes se décomposent, les micro-organismes transforment la matière. Sur les parcelles éthiopiennes restaurées, c’est cette activité souterraine, invisible et lente, qui a fini par permettre à l’eau de s’infiltrer de nouveau au lieu de ruisseler et d’emporter la terre fertile.
La diversité, meilleure assurance contre les mauvaises années
Une forêt composée d’essences variées encaisse mieux une sécheresse ou une attaque de parasites qu’une plantation uniforme. Certaines essences poussent vite et protègent les jeunes plants les plus fragiles ; d’autres vivent des siècles ; d’autres encore nourrissent les pollinisateurs ou produisent des fruits utiles à la faune comme aux habitants. Cette diversité végétale finit par attirer une diversité animale, c’est à ce moment-là que la reforestation devient un vrai projet de biodiversité, pas seulement une opération de plantation.
Une forêt sert aussi à ceux qui vivent autour d’elle
En Amazonie équatorienne, le peuple Kichwa de Sarayaku plante une lisière d’arbres fleuris pour marquer et protéger sa forêt face à l’avancée des compagnies pétrolières. En Éthiopie, ce sont des agricultrices qui, une fois les arbres installés, ont pu développer autour d’eux des pratiques d’agroforesterie impensables sur des terres aussi érodées quinze ans plus tôt. Une forêt replantée sans les habitants peut être fragile et contestée. Un projet de reforestation conçu et réalisé main dans la main avec eux devient un bien commun qu’ils défendent, auquel ils sont attachés et qu’ils ont à cœur de protéger.
Le temps long, seul horizon qui vaille
Il a fallu plus d’une décennie pour que les collines du Tigré commencent à changer visiblement de visage. Ailleurs, ce sera vingt ou trente ans. Planter reste un geste immédiat et satisfaisant ; attendre que la forêt s’installe l’est beaucoup moins. C’est pourtant ce deuxième temps, le plus discret, qui décide si un projet de reforestation aura vraiment tenu ses promesses.
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