Chaque année, l’association Des Enfants et des Arbres emmène des milliers d’écoliers français planter aux côtés d’agriculteurs. La plupart d’entre eux n’auront pas trente ans quand ces arbres commenceront vraiment à donner de l’ombre, et ne les reverront probablement jamais adultes. On leur demande quand même de tenir la pelle, de tasser la terre, de repartir avec les mains sales. C’est une drôle de proposition quand on y pense : consacrer une matinée à quelque chose dont on ne verra jamais le résultat.
Un sol appauvri met des années à retrouver sa fertilité. Une forêt coupée ne repousse pas en une saison. À l’inverse, une haie replantée aujourd’hui pourra encore filtrer l’eau et abriter des oiseaux dans cinquante ans, sans qu’on ait besoin d’y retoucher. C’est cette échelle de temps que le développement durable oblige à prendre en compte, une échelle qui dépasse largement une carrière ou une génération.
Des sols qu’on n’aura pas à réparer plus tard
On oublie facilement les sols parce qu’on ne les voit pas travailler. Ils filtrent l’eau, accueillent une bonne partie de la biodiversité invisible, permettent tout simplement de faire pousser quelque chose. L’érosion, le manque de végétation ou des pratiques trop intensives les épuisent en quelques années, alors qu’il en faut souvent dix ou vingt pour les réparer. Les racines d’un arbre stabilisent la terre et ralentissent cette dégradation ; ses feuilles mortes, en se décomposant, finissent par enrichir ce même sol. Ce n’est pas grand-chose à l’échelle d’une exploitation, mais c’est justement ce genre de petit geste répété qui, sur vingt ans, change réellement la donne.
La reforestation prépare des paysages qu’on ne verra pas finis
Certaines essences plantées aujourd’hui vivront plusieurs siècles, largement plus longtemps que celles et ceux qui les ont mises en terre. Jacques Rocher a rencontré Wangari Maathai à Nairobi en 2007, et c’est cette rencontre qui a lancé le programme Plant for Life, sans qu’on sache alors précisément ce qu’il deviendrait vingt ans plus tard. Aujourd’hui, plus de 130 millions d’arbres ont été plantés dans le cadre de ce programme, et une bonne partie d’entre eux n’ont pas encore atteint leur taille adulte.
Transmettre, c’est aussi montrer comment faire
Un territoire ne se transmet pas uniquement par les arbres qu’on y laisse. Il se transmet aussi par des gestes qu’on apprend à quelqu’un : reconnaître une essence, savoir quand planter, entretenir une haie sans l’abîmer. Les agriculteurs qui accueillent les écoliers de Des Enfants et des Arbres font exactement ça, pas seulement planter, mais montrer comment planter, et pourquoi ça compte. Les femmes accompagnées par Terre de Femmes transmettent souvent ce même type de savoir à leur communauté, parfois pendant des dizaines d’années.
Une promesse qu’on ne peut pas garantir entièrement
On ne peut pas promettre aux générations qui viennent un monde sans difficultés. On peut au moins essayer de ne pas leur laisser uniquement des problèmes à régler. Plant for Life fonctionne un peu sur cette logique : chaque arbre planté aujourd’hui est un pari sur quelqu’un qu’on ne connaîtra jamais.
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