10 Jan 19

Jean Revillard, mort d’un éclaireur


« Notre ami photographe Jean Revillard vient de disparaître brutalement . Jean était un photographe engagé aussi bien d’un point de vue social qu’écologique . En 2011, dans  le cadre du Festival Photo La Gacilly  nous avions exposé son travail sur Calais intitulé “Jungles” . C’était une approche toute en retenue sans voyeurisme qui caractérisait bien l’approche respectueuse de Jean vis à vis de ces personnes. Et puis, nous nous sommes retrouvés en Suisse, son pays, où le rêve fou d’un avion solaire a vu le jour et a fait le tour du monde : Solar Impulse de Bertrand Picard. Jean a suivi pendant plusieurs mois cette aventure humaine et technologique et nous l’a fait partager . Pour la prochaine édition du Festival Photo La Gacilly nous exposerons cette extraordinaire aventure que Jean a su magnifier par son talent , son regard et son humanité. C’est en travaillant sur le mystère des forêts bretonnes qu’il s’est éteint. Nous garderons en mémoire son éternel sourire et sa bienveillance communicatrice. »

Jacques Rocher – Créateur du Festival Photo La Gacilly

En Suisse, son pays, où le rêve fou d’un avion solaire a vu le jour et a fait le tour du monde : Solar Impulse de Bertrand Picard, Jean Revillard entouré d’une partie de l’équipe du festival Photo de la Gacilly.

C’est en forêt et un appareil photographique à la main que Jean Revillard est décédé. Le Genevois travaillait à un projet personnel en Bretagne lorsqu’il a été victime d’une crise cardiaque. Depuis trois décennies, Jean Revillard racontait le monde et ses soubresauts avec un regard à la fois personnel et efficace. En Suisse romande, il fut le premier à marier l’esthétique de la publicité et de la mode au photojournalisme, coup de projecteur littéral sur les misères du globe et ses fantômes.

Nombreux prix

Un style qui lui a valu de nombreux prix, dont plusieurs World Press Photo. Pour ses photographies à l’esthétique travaillée traitant notamment des réfugiés, on lui a parfois reproché d’esthétiser le pire. En 2015, à l’occasion d’une énième controverse sur le World Press Photo, il confiait au Temps: «On peut modifier la lumière, le contraste sans changer profondément l’image. On m’a reproché d’avoir utilisé le flash dans mon travail sur les cabanes de Calais, d’avoir esthétisé la misère. Je suis d’accord pour l’éthique, mais pas pour la morale. La limite, pour moi, c’est le tampon. On n’enlève ni n’ajoute rien.»

Ce style fit les beaux jours de Dimanche.ch ou de L’Hebdo, mais surtout de l’agence Rezo fondée en 2001. Là, aux côtés de Jean Revillard, se sont formés une génération de photographes talentueux, tels François Wavre, Niels Ackermann ou Dom Smaz. La première agence en ligne de photographies, basée sur différentes archives, a révolutionné l’univers de la presse romande et a permis à de nombreux reporters de vivre de leur travail.


Photo issue de son travail “Jungle des pauvres”, près de l’hooverport, 2009, © JEAN REVILLARD


SUR LE MÊME SUJET