13 Apr 18

EMANUELE SCORCELLETTI : LA TENDRESSE DU REGARD

La Fondation

Il aime résumer sa philosophie, son existence photographique à ces quelques mots qu’il affectionne tant : « Regarder, ne pas réfléchir, laisser la vie poursuivre son chemin et notre cœur nous diriger. »

Emanuele Scorcelletti, c’est un regard. Un regard dont il immortalise les scènes avec son Leica M6. Mais surtout un regard « tendre et respectueux » sur les gens, comme lui a dit un jour l’actrice Monica Bellucci. En 2002, cet Italien d’origine, vivant en France et né à Luxembourg en 1964, connait d’un coup la célébrité, après des années passées au sein de la prestigieuse agence Gamma. En ce jour de mai, surplombant le tapis rouge du Festival de Cannes, Emanuele Scorcelletti capture l’oiseau rare : l’actrice Sharon Stone offerte aux crépitements des flashs, le bras tendu élégamment vers le ciel comme un remerciement aux dieux. L’image fait le tour du monde et décroche  le World Press Photo, catégorie Arts et Culture. De là à lui coller l’étiquette de photographe des stars, il n’y a qu’un pas. Courtisé pour tirer le portrait des plus grandes célébrités internationales, le photographe se plie à l’exercice avec brio, et les personnalités défilent devant son objectif, s’abandonnent comme à un confident, dans un moment de partage qui donne à chacun de ses clichés une douceur, une poésie, une grâce, un moment d’éternité.

Mais l’homme n’a jamais été attiré par les paillettes, préférant l’humilité et la discrétion. Il se tient à l’écart du tumulte, doute, souvent et sans raison, mais c’est là le secret des perfectionnistes. Le décès de son père, il y a quelques années, le mène à ses racines, à Sénigallia, dans la région des Marches, dans une Italie rurale et enclavée où il passait ses vacances de jeunesse. Il sillonne cette contrée gorgée de soleil, va à la rencontre de ses habitants, retrouve l’humanisme de ses premiers travaux. Une quête identitaire, celle du père disparu, celle de ses origines, celle des choix artistiques, celle de ses maitres en photographie aussi : le grand Mario Giacomelli, originaire des Marches, et Henri Cartier-Breson qui lui fait prendre conscience de l’instant décisif. Emanuele Scorcelletti revient bouleversé de ce pèlerinage italien. Son style est plus maitrisé, plus ciselé, et son empathie pour les sujets qu’il photographie s’en ressent. Il ramène de ces années une ode à sa terre, exposée au Festival de La Gacilly en 2016, puis au Festival Visa pour l’Image à Perpignan en 2017.

C’est tout naturellement que la Fondation Yves Rocher a souhaité confier à Emanuele Scorcelletti cette production photographique en Inde, dans le Tamil Nadu. Pour son humanisme et sa douceur qui lui permettent de saisir au plus près et sans artifice de bouleversants portraits, des scènes de vie rurale, des instants d’apesanteur. Pour sa parfaite maitrise esthétique du noir et blanc qui offre, selon lui, des formes qui l’aident beaucoup pour la géométrie et le cadre de la photo. A 54 ans, ce photographe au regard tendre aime brouiller les cartes, mais conserve intacte l’émotion de son enfance.

Retrouvez son travail : Engagés pour la reforestation – Regards sur le monde 

http://www.scorcelletti.com 

 

© Texte : Cyril Drouhet

© Photo : Marc Giovanni


SUR LE MÊME SUJET