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01 Feb 16

1er échange entre planteurs : La France et le Mexique !

Plantons pour la planète

Que fait un planteur d’arbres français quand il rencontre un planteur d’arbres mexicain ?

Quand une forestière auvergnate rencontre “un forestal mexicano” du WWF qui plante des arbres dans les belles forêts de montagne qui hébergent le papillon Monarque ?

C’est le pari de la Fondation Yves Rocher – Institut de France, de créer du lien entre les planteurs qu’elle soutient dans le monde, grâce au programme “Plantons pour la Planète”; en imaginant bien sûr que les échanges, la confrontation des techniques, seront bénéfiques à tous !

Alors hop, la Fondation Yves Rocher décide de tester cela grandeur nature et c’est ainsi que je me retrouve, moi, Sylvie MONIER, forestière auvergnate, accompagnée de César AVALOS, forestier au WWF, sur ses chantiers de plantation dans la région de Zitácuaro au Mexique ; et évidement de Sophie THOMASSET, responsable du programme Plantons pour la Planète !

Après 12 h d’avion et 7 h de décalage horaire, le premier arbre que je rencontre sur le site de reforestation est un … frêne et quelques mètres plus loin un … chêne, puis un pin, un sapin, …. Bref moi qui croyais échanger sur la reforestation de cactus mexicains, et bien j’ai l’étrange sensation d’avoir fait 12 h d’avion pour quitter mes forêts auvergnates et atterrir dans les … mêmes forêts ! Et ce d’autant plus que cette région mexicaine est volcanique (comme celle des volcans d’Auvergne !).

Alors, avec César, on descend du 4×4, et c’est parti ! “Pourquoi tu plantes des arbres à cet endroit là ? Tu les plantes avec ou sans “potet” (petit trou avec cuvette), avec ou sans pralinage, avec ou sans travail du sol ? Quel type de plants (racines nues ou plants en motte) utilises-tu ? Tiens donc, tu préfères les plants en godets ? Pourquoi ? Nous on préfère les racines nues car on trouve que ça reprend mieux, …. D’où viennent les graines ? Ah, ce sont  des graines locales que tu récoltes toi-même ? Dis-moi, on vient de commencer à récolter localement nos graines en France, mais il y a beaucoup de réticences encore chez nous, alors donnes-moi tes arguments pour planter local, ça m’aidera !  Et comment sélectionnes-tu les pieds mères à récolter ? Ah super, je suis d’accord avec toi, c’est bien en les sélectionnant à la fois sur leur aptitude à faire du bois et à résister au sec qu’on arrivera peut-être à résister au changement climatique ! “

…. Et patati et patata et patati et patata … du petit déjeuner à la fin de la soirée !

Et alors ? Que retenir ?

En premier lieu, on a l’impression que tout est (presque) pareil mais c’est bien connu, c’est dans les détails que se cachent les différences !

En 1, le jeune plant a hélas des ennemis partout : il est souvent mangé et écorcé par les chevreuils français (alors que les chevreuils mexicains ne touchent pas aux arbres car ils ont une plante légumineuse, le lupin, qui les nourrit en forêt) ; mais le plant mexicain souffre des voleurs de bois (car le jeune plant est coupé pour alimenter les fours à bois pour la cuisine).

En 2, les graines qui deviennent des arbres sont choisies avec soin au Mexique et sont 100 % locales pour une raison simple comme l’exprime le Commissaire Ejidal de Cresciencio Morales : “Les arbres natifs fonctionnent mieux. Ceux qui viennent de graines des Terres chaudes (région plus chaude du Mexique) ne sont pas aussi bons, ils poussent moins. Et les plants de notre pépinière sont acclimatés.”  En France, la réflexion sur l’origine génétique était ancienne pour les essences d’arbres, mais pas pour les arbustes. Or, nous, opérateurs de terrain, nous observions des croissances hétérogènes sur ces arbustes, voire des dépérissements inexpliqués ; jusqu’à ce qu’on se pose la question de l’origine génétique des graines. Notre Association Française Arbres Champêtres et Agroforesteries (Afac-Agroforesteries) a alors porté avec d’autres partenaires la création d’un label “Végétal Local” tout récent qui impose des récoltes locales recherchant une diversité génétique. Le choix ancien des mexicains de récolter local et leurs observations conforte donc notre choix tout récent !

 

échange

Echanges dans la plantation de El paso au sujet de la méthode de taille des arbres

En 3, nous avons pu échanger sur l’intérêt des plantations de haies. En effet, en France, avec l’Afac-Agroforesteries, la Fondation Yves Rocher finance les plantations de haies depuis 2012.

Au Mexique, l’aide de la Fondation est utilisée uniquement pour des plantations forestières. En présentant mon travail qui consiste à conseiller les agriculteurs pour planter des haies, les mexicains se sont vivement intéressés à ce sujet, et peu à peu est apparue la nécessité de tester la plantation de haies chez eux. Cela présenterait plusieurs intérêts :

– produire du bois de feu et ainsi enrayer le vol de bois en forêt (vol illégal mais “indispensable” pour les communautés qui n’ont pas d’autres moyens de se procurer du bois de feu) car les communautés auraient alors en bordure de champ du bois “légal” à récolter,

– retenir le sol, et restaurer des sols volcaniques fragiles, dégradés par la monoculture de maïs,

– apporter une diversification alimentaire (en plantant des agaves, une espèce de cactus utilisée pour faire le sirop d’agave appelé “l’eau de miel”),

– reproduire et replanter des essences endémiques en voie de disparition et diversifier les pépinières.

Olga Galvez

Echanges avec Olgalilia Galvez Garcia, responsable de la pépinière de   Santa Maria y sus barrios

En 4, les techniques de pépinières sont plus rustiques au Mexique et plus respectueuses des ressources naturelles. Par exemple, le support de culture mexicain est composé de terre locale à 50 % et de litière récoltée en forêt à 50 %, et l’engrais est issu de lombricompostage en partie. En France, la filière horticole a mis en place des supports de culture standards composés de tourbe (ressource naturelle non locale issue de l’exploitation des tourbières), de compost riche en bois et en engrais minéral (non durable). Ce produit est acheminé par camion. Globalement, ce support est moins durable et écologique que celui du Mexique. En France, tester l’utilisation de litière forestière à la place de la tourbe pourrait être intéressant ; tout comme le lombricompostage.

Pour conclure, entre planteurs, on parle technique à 100 % et nos différences nous permettent de nous remettre en cause, ce qu’on ne fait pas au quotidien car pris dans nos habitudes. A terme, ce type d’échanges permettra certainement à la “Tribu des planteurs” de la Fondation Yves Rocher de perfectionner son expertise, pour une “exemplarité” des plantations.

Merci à Sophie de la Fondation pour cette lumineuse idée et à toute l’équipe pour avoir permis sa mise en oeuvre ! A reproduire !

rôle de l'arbre

Discussion autour du rôle des arbres avec un planteur et  habitant de Crescendo Morales

Sylvie WWF

Sylvie Monier et l’équipe du WWF-Mexique en charge du projet de sauvegarde de la réserve du papillon Monarque

 

Sylvie Monier, planteuse d’arbres en Auvergne et membre de l’Association Française Arbres Champêtres et Agroforesteries, soutenue par la Fondation Yves Rocher – Institut de France.

(c)Fondation Yves Rocher

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